Les peuples autochtones totonaques de VeraCruz, au Mexique, cultivaient la vigne tlixochitl (Vanilla tlixochitl), une orchidée dont les fruits nous donnent des gousses de vanille.

Les gousses de vanille étaient utilisées à des fins médicinales. Médicinal dans ce cas signifiant comme aphrodisiaque, ou mélangé avec du tabac. 1480 place les Totanac sous le contrôle d’un empire rival, les Aztèques, à qui ils paieront alors des milliers de gousses de vanille en hommage. Les Aztèques ont mélangé leur vanille d’origine locale avec du cacao provenant du commerce. En novembre 1519, l’empereur aztèque Montezuma accueille le conquistador espagnol Hernan Cortez avec une boisson appelée xocolatl. Cortez a été tellement séduit par la saveur qu’il a exigé de connaître les ingrédients. Août 1521 amena les Aztèques à la conquête de leur capitale par Hernan Cortez qui ramena la vanille en Europe. L’Europe a ensuite passé plus de 300 ans dans l’incapacité d’amadouer sa vanille en fruit.

Une vigne de vanille a été passée en contrebande du Mexique à l’île Bourbon de la Réunion en 1793. Les vignes ont été cultivées avec succès mais ont très rarement donné le fruit tant convoité. Les entrepreneurs français ont commencé à expédier de la vanille vers les îles de la Réunion et de l’île Maurice en 1819. Sainte-Suzanne, Bourbon (Réunion moderne) 1829, un esclave nommé Edmond (pas de nom de famille, car les esclaves n’étaient pas autorisés à les avoir) est né d’une mère qui mort en couches et un père qu’il n’a jamais connu. Quand Edmond avait quelques années, le détenteur de sa caution l’envoya vivre avec Féréol Bellier Beaumont. Edmond passe le plus clair de son temps à suivre Féréol pendant qu’il s’occupe de ses plantes et scolarise simultanément l’enfant en horticulture, puis en botanique. La collection de plantes de Féréol comprenait une vigne de vanille.

En 1841, Féréol et Edmond reprennent leur marche habituelle lorsque Féréol s’aperçoit que sa vigne de vanille régulièrement stérile avait produit des fruits. Emond a alors dit à Féréol qu’il avait lui-même pollinisé la plante. Sceptique au début qu’un enfant de 12 ans ait effectivement résolu cette énigme, Féréol a regardé un peu plus longtemps. Une fois que la vigne a continué à fructifier, une démonstration a été demandée sur la façon dont la pollinisation avait été intentionnellement et réussie. La pollinisation manuelle a été réalisée à l’aide d’un bâton de bambou pour soulever le tissu végétal séparant l’anthère et le stigmate, suivi d’un geste du pouce pour enduire le pollen de l’anthère sur le stigmate. Edmond fut ensuite envoyé parcourir l’île pour enseigner cette technique à d’autres serviteurs.

Le botaniste français, Jean Michel Claude Richard a brièvement prétendu avoir enseigné cette technique à Edmond trois ans plus tôt. Féréol qui avait dit un jour d’Edmond, « ce jeune garçon noir est devenu mon compagnon constant, un enfant préféré toujours à mes pieds », a pu prêter foi sur la véracité de l’histoire d’Edmonds.

La France a interdit l’esclavage en 1848 et Edmond a reçu le nom de famille d’Albius. Edmond Albius quitte la plantation en homme libre, travaillant alors comme domestique de cuisine à Saint-Denis. Là, il s’est retrouvé condamné pour vol de bijoux. Sa peine de dix ans a été commuée par le gouverneur après cinq ans compte tenu de la contribution d’Edmonds à la production de vanille.

Edmond n’a jamais bénéficié financièrement de sa contribution, qui a fait fortune pour l’économie française. Il meurt dans la misère en 1880 à Sainte-Suzanne.

Il y a un article de 1900 du Journal Officiel de la République Française reconnaissant Edmond comme un serviteur noir dont le gardien les avait fait étudier la botanique. Peu de temps après, la presse française a commencé à affirmer qu’Albius était blanc.

Le nord-est de Madagascar est aujourd’hui le plus grand producteur mondial de vanille naturelle, mais en même temps c’est l’un des pays les plus pauvres de la planète. La région vanillée de Madagascar n’échappe pas à cette pauvreté. La période de fécondation de la vanille dure quelques heures chaque saison – si cette fenêtre de temps est manquée, il n’y aura pas de fruit. Les haricots sont estampés à la main à mesure qu’ils mûrissent sur la vigne pour dissuader les voleurs. Les producteurs de vanille dorment dans leurs champs la nuit avec des machettes protégeant leurs vignes de la pluie, de la chaleur et des moustiques du paludisme.

La vanille et ses histoires sont tout sauf fades.

Tara Gill est un maître jardinier bénévole du comté de Licking.